Flonflons.


C’était le quatorze juin mille neuf cent quatre vingt trois, dans un grand champ auprès de l’étang des Faugiers. On y avait installé un grand parquet de bal. Jean-Phi avait invité un groupe de trois papys qui, à l’accordéon, à la trompette joueraient de la musette au son du vin blanc dans les verres à facettes.

Lisiane était une pâtisserie au caramel dans sa petite robe d’organdi, toute simple, toute droite, et d’un crème à la transparence scintillante.

Il y avait là l’oncle Michel arrivé de la veille avec son 4X4 « Ile de France », bardé d’histoires à rire et à boire, le cousin Abel avait installé sa guitare à fil, c’est lui qui après son quatorzième pétard d’après dessert prendrait le relais des anciens et ferait s’animer les vingtenaires. Ils danseraient jusqu'à voir cette aube, moment étrange qu'ils ne découvrent qu’au bout de ces fêtes enragées.

Y aurait aussi la maman de Jean-Phi inquiète de bonheur, celle de Lisiane collant au train de son Gilbert de mari, qui le rouge aux joues et pas encore ivre irait chahuter les gamines de Michel en les faisant rougir de « choses-qui-ne-sont-pas-pour-elles-voyons-Gilbert ! »

La table couverte de lin blanc dansant dans la brise de printemps se charge et se recharge de verres et de chants qui s’entrechoquent au soleil, elle est pimpante comme une fille de vingt ans un soir de noce !

C’est l’âge de Lisiane, Jean-Phi en a vingt-trois.

Il se tuera trois mois plus tard en tombant d’un échafaudage. Le quatorze novembre l’oncle Michel apprendra sa fin proche, d’un cancer des poumons trop tard dépisté. Il ne saura jamais rien de la disparition de sa fille aînée partie en Malaisie avec son dernier fiancé en date.

Gilbert est en prison pour actes de pédophilie aggravés et sa femme s’est suicidée à l’issue du procès.

Abel a éteint sa guitare et fume ses derniers espoirs mélangés de gros rouge.

Quant à Lisiane elle attend.

Elle a trouvé une petite pièce à la pénombre douce.

Elle attend son hiver. Elle qui n’a connu somme toute qu’un jour de printemps.


Ysab Camari

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Un petit commentaire pour le zauteur...


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