C'est quoi un arbre de vie ?
Je m'emmerde.
Il est une heure du matin, je regarde mon existence : J'en avais rêvé de ce Paris, et bien voilà : j'y suis...
Neuf mètres carrés rue Brezin, même pas un voisin de palier : je suis à l'entresol !
Un évier, une plaque, un lit de quatre-vingt-dix, une malle en osier et une tenture punaisée au mur, mauve... avec un " arbre de vie ", c'est indien paraît-il.
Je m'emmerde.
Alors je sors, je remonte jusqu'à Denfert, il n'y a pas un chat dans les rues. Peut-être au quartier latin ? Je marche dans ces rues immenses et j'erre sans but, je passe devant ces vitrines éteintes où rien n'attire l'œil.
Cela s'anime un peu du coté de la rue saint-André-des-arts, je croise des groupes d'étudiants, ils sortent de cafés ou de boites de nuits, je ne sais pas.
Ils sont à peine plus vieux que moi, ils plaisantent, chahutent, s'engouffrent dans des voitures brillantes, je les regarde disparaître au coin de la rue, j'ai encore leurs rires dessinés sur mon visage. Je prends soudain conscience que je dois avoir l'air d'un bienheureux avec mon sourire béat. Je ramène prestement les commissures de mes lèvres, un coup d'œil à droite, à gauche, personne ne m'a vu.
Je repars les mains dans les poches.
Elles sont jolies ces filles, dix-neuf--vingt ans tout au plus… étudiantes? ,extra-terrestres ?
Demain elles seront en cours, elles parleront politique ou littérature, enfin c'est ce que j'imagine.
J'ai lu " En un combat douteux " de Steinbeck, j'en suis très fier mais c'est un peu léger pour tenir une conversation.
Moi je serai à Noisy-le-grand à gratter la rouille d'une grue roulante, qui ne roule plus.
Je regarde mes mains, le genre de mains que l'on garde sous la table ou dans les poches...
Des mains qui trahissent.
Je m'assois sur un banc il me reste deux gitanes. J'en grille une maintenant, l'autre je me la garde pour enfumer mon placard.
Il y a un car de C.R.S. garé au coin de la rue. Inquiétant dans le paisible de la nuit Un clochard passe lentement devant moi, il se penche, ramasse un truc à mes pieds, je lui souris, il repart sans un mot, il ne m'a même pas demandé une clope.
Je ne sais pas quoi en penser.
Je ne m'emmerde plus, j'ai mon monde autour de moi, mon car de C.R.S., mon clodo, mes étudiantes et la ville qui gronde comme un grand fleuve.
Je vais rejoindre mon arbre de vie, Je penserai à ces filles.
Je me souris.
C'est déjà çà.
J'ai fait ma première conquête.
Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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