9 janvier 2004, Bloc «les alouettes», rez-de-chaussée gauche.


De ses yeux sans couleur, il la regarde sa gosse,
Son visage sans sourire dessine une vague grimace.
Il a les épaules basses de ceux qui n’ont pas.
Qui n’ont plus…
Assis, las, à sa table de cuisine.
Ses grosses mains abîmées posées sur le flanc de son bol ne tremblent pas, pas encore.
Il la bouffe du regard sa môme.
Elle dort lovée sur son carré de mousse à l’abri entre le buffet et le lit de ses parents.
La radio murmure les infos du matin, le petit jour lave de gris les carreaux de la fenêtre.
Il finit son café, se lève sans gloire, debout il n’est pas moins voûté.
Il va sortir, comme tous les matins, par habitude,
La même qui le conduisait à l’atelier vers les potes de la machine huit.
Il jette un dernier regard à la petite, elle ouvre les yeux et ceux là s’allument d’une lumière de fierté.
Elle sourit à son Papa,
L’Homme le plus fort du monde !
Elle lui mime un baiser et bat doucement des paupières.
Il referme la porte derrière lui et s’en va vers nulle part.
Il est chargé du regard de la gosse.

Ce n’est pas encore aujourd’hui qu’ils vont le faire plier.


Ysab Camari

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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