Le sage et le mécréant
André avait passé sa vie à croire en l'homme.
Toutes les nuits passées à étudier les textes, toutes les journées à étayer des raisonnements.
Sa croyance puisait l'énergie dans la certitude de l'existence d'un dieu magnanime qui saurait le récompenser au jour du jugement dernier. Il était de ces philo-casse burnes qui justifient leur existence dans la quête de la réponse au grand mystère du sens de la vie.
François, voulait croire en l'homme.
Bien que révolté par le spectacle des guerres répétées et de l'injustice criante répandue à travers le monde, il n'en voulait pas a André. Il était de ces intello-anarchisants dont les coups de gueule bousculaient l'impassibilité de son naturel tolérant.
André, tout comme ses semblables, avait cette fâcheuse manie de vouloir imposer son point de vue. Ajoutez-y les témoins de Jéhovah, les cocos, G.W Bush, les orthodoxes, les chiites, les Jean Passe et des meilleurs, vous avouerez que la tolérance de François était mise à rude épreuve sans qu'on puisse le soupçonner de discrimination religieuse.
Bref André se faisait chier dans sa petite vie pépère, vie passée à faire chier les autres avec ses croyances d'un autre temps. Je dois vous dire, à sa décharge, que François prenait un malin plaisir à le taquiner.
- Tu ne respectes rien ! qu'André disait quand François lui expliquait que le mystère divin résidait dans le fait de savoir si la religieuse le pape ou les curés portaient ou non une petite culotte sous leur robe.
- Tu finiras en enfer ! qu'il hurlait quand François laissait entendre que le paradis, Dieu, les saints et tout ça c'était une immense farce dont les acteurs étaient une bande de plaisantins.
Mais le jour où François lui a dit qu'à force de tergiverser entre le to be or not to be on finissait pas oublier le to do, André, hors de lui, l'avait traité de coco anarchiste.
Comment peut-on se dire penseur, cultivé, détenteur de la vérité quand on est capable d'associer deux réalités aussi antinomiques que l'anarchie et le communisme.
Ah non associer liberté et dictature…
Tiens, pour dire, si c'avait pas été André, François aurait été plus taquin.
Son calvaire terrestre pris fin comme ça, un beau jour. Comme quoi on meurt bien tous pareil.
Mon André est monté au ciel, convaincu qu'il bénéficierait d'un traitement de faveur. François lui, reste persuadé que tout ça n'est qu'une grosse farce.
Arrivé à la Porte, le brave St Pierre (évidemment bande de mécréants, St Pierre ne peut pas être un gros con !) le brave St Pierre disais-je, l'accueille avec un grand sourire :
- AONNdré (ça fait comme ça les voix célestes), tu n'as pas démérité. Je t'offre une nouvelle vie. Choisis. Quels que soient tes désirs, je m'occupe de tout.
Imaginez mon André et sa petite vie de célibataire anonyme, mort sans que son nom ne soit gravé ailleurs que sur une pierre tombale, On lui offrait la possibilité d'être riche, puissant, célèbre, aimé d'une beauté etc etc. Ainsi fût dit, ainsi fût fait.
Il se réveilla dans une limousine,
A ses côtés une brune touchante de désir,
Autour de lui la foule en délire l'acclamait.
Le rêve du croyant devenait réalité…
En ce 22 Novembre 1963… A Dallas. Alors ? qui qu'avait raison ?