Rosanna Market


Lui est pudique, genre taiseux. Elle serait plutôt exubérante, genre volubile. On pourrait croire qu'ils n'ont rien à faire ensemble vu qu'ils n'ont que très peu de chances de se rencontrer. Ah mais c'était sans compter sur le tout puissant Aboultonfric, dieu universel de tous ceux qu'ont du pognon et qu'ils ne veulent pas partager sauf quand il s'agit d'en gagner plus. - Bonjour madame au cabas violet. Vous venez souvent par ici ?
- Hé ducon au cabas violet, moi c'est mademoiselle, sinon j'aurais un caddie comme tout le monde.
- Hen,hen que j'suis bête alors, c'est que bien que cadre trentenaire, je suis pas trop habitué à communiquer vu que je travaille beaucoup.
– Oh ben moi aussi alors, je suis pas trop et je travaille beaucoup. C'est cool on a le même âge, on est célibataire, et …
Vous racontez vos conneries en faisant les courses ce soir à cause d'un panier violet, ça va on est au courant. Je vous jure des fois, entre les guerres, les escrocs, les politiciens, le fisc, la star ac', les grincheux, les râleuses, j'me dis que les plus heureux c'est peut être ceux qui parlent avec leur pouce. Toute la vie nous échappe. L'argent devient irrespirable et c'est notre mort qu'elle entretient. L'art des gens nous pousse trop souvent à nous taire sur leur nature véritable. Tout n'est que sponsor, marketing, biseunaisseu. Jusqu'à la drague. Plus rien ne ressemble à rien. Fini le lourdingue, l'aguicheuse, le ténébreux, la pétillante. Bonjour le panier violet. Paraît que c'est le progrès. Paraît qu'il faut vivre avec son temps. Et pourtant !

Rêver avant de tomber dans l'oubli
Et les obstacles paraîtront moins réels
Sur le chemin tourmenté de l'envie.
Des paroles seront dites, belles ou cruelles,
Mais point écrites telles des preuves à donner,
Si ce n'est celle d'une vie trop souvent gâchée.

Chaque souffrance aura son importance.
Mais nos regards d'enfants n'en sauront rien
Préférant l'ignorance pour l'insouciance.
Rien n'est jamais définitivement écrit.
Ni peut être, ni toujours, ni demain.
Pour qui veut, tout est simplement dit.

Un regard échangé n'est jamais anodin,
Voilà le vertige entrevu dans le sien,
Un dialogue dans le plus beau des silences,
Pour la plus belle survivance.

Ouais faut vivre avec son temps ou accepter de disparaître.
Possible, mais d'Adam et Eve à toi et moi, en passant par Tristan et Iseult, Elle et Elle, Lui et lui, La Cigale et la Fourmi, les regards croiseront toujours d'autres regards. Je dis ça mais ne suis-je pas déjà d'un autre temps…


Gilles Gras

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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