Un monde de petits riens
Vous savez, c'est dur d'écrire une vie simple.
Avec Babette c'est tout le temps comme ça. Rien que du bonheur.
Un petit baiser, le tour de chacun pour la douche, pour se laver les dents.
Je la découvre de jours en jours.
Je me nourris du moindre détail de son corps quand elle rit, quand elle boude.
Je l'apprend dans un contact effleuré, dans toutes les douceurs partagées.
Je réapprend dans les petites attentions qu'elle a pour Bubulle, même si je comprends pas bien pourquoi elle lui donne un glaçon dans son eau chaque fois qu'elle lui parle. Il faut dire qu'elle n'a pas son pareil pour vous rendre timide d'un seul regard. A le voir rougir Bubulle, on pourrait croire qu'elle lui parle coquin. Ca me fait tout pareil. Parce que Babette elle en sait du coquin. Et sa beauté si douloureuse à mon ventre !
Ca me faisait un peu peur au début. Elle me voulait partout, tout le temps, comme un petit animal affamé. Elle me désirait chez moi, à la piscine, dans le train. Croyez-moi elle connaît des trucs en amour. Elle dit qu'un jour on s'enfermera dans un grenier pour goûter à d'autres fruits défendus, encore plus excitants. Là je suis déjà moins chaud, j'ose pas lui dire que ça me remuerait le ventre, rapport à des choses qu'on ne peut raconter qu'entre grands chevaliers. Mais elle sait me rassurer et puis, entre nous, moi aussi j'aime ça.
C'est vachement bien quand on est nu à se parler l'un dans l'autre sur la table de la cuisine. Elle me fait faire des choses avec ma langue et tout, des trucs que j'ose pas raconter sauf que c'est aussi bon que les choses qu'elle fait avec sa bouche, sans parler de quand...
non ça non plus je ne peux pas le dire.
C'est pas grand chose mais c'est ce qui donne la vie meilleure pour les mauvais jours.
Des fois je la retrouve submergée par le désespoir. Ses yeux se vident de toute la détresse qu'il y a dans son cœur. Comme le jour où Bubulle pleurait à chaudes larmes, prostré au fond de son bocal. Personne ne l'avait grondé et nous ne comprenions pas bien. Je n'ai rien dit parce il me rappelait mon état lors de certains moments de solitude jadis traversés. Bouleversée elle était Babette, comme si elle avait entendu le silence au fond de ma pensée, comme si elle savait pourquoi les poissons pleurent. Je crois aussi que voir l'eau déborder était un spectacle insoutenable pour elle, elle si gentille, si délicate.
Mon pauvre Bubulle ! J'ai vite repris le dessus (normal, c'est moi l'homme) et elle a passé la serpillière (normal, c'est elle la femme).
Oui des fois elle est comme ça Babette, vide d'amour et plein de peurs.
Mais hier c'était pire, on aurait dit qu'elle luttait comme pour ne pas sombrer. Elle si détachée du qu'en dira-t-on, elle semblait plier sous le poids des regards narquois comme elle dit, regards qui n'allaient pas manquer de se poser sur cette monstruosité, sur cette insulte à sa beauté sans faille.
J'aurais voulu trouver les mots pour apaiser ses larmes, des bien réconfortants comme mots, style… sur la table dans la cuisine. Je ne comprenais pas le pourquoi de ce profond désarroi.
Mais elle m'a dit que je ne pouvais pas comprendre parce que j'étais un homme et que les hommes ne comprennent que les trucs d'homme. Peut être et alors ? Et les filles hein ? Comment elle fait Babette pour être aussi sure de bien connaître les hommes, vu, que jusqu'à preuve du contraire, elle n'en n'est pas un ?
D'accord elle est très malheureuse, mais c'est pas une raison de me rembarrer avec des propos d'un sexisme aussi primaire ! Je vous préviens ! mais ça reste entre nous,
Quand une fille se casse un ongle…
c'est une ca ta strophe. Pas une petite, non, c'est LA catastrophe.
Eh attendez, je blague pas là, c'est pire que rater une mayonnaise.