Vous pourriez pas me lâcher un peu ?
C'est un non sens que d'entendre les vivants disserter sur la mort.
Les mieux placés pour en parler, à mon avis, restent les morts. Non ?
Bon je reconnais qu'une fois qu'on m'a pratiqué on est déjà beaucoup moins bavard.
Avec moi, fini de parler pour ne rien dire. C'est peut être le début de la sagesse.
Les uns me craignent, d'autres cherchent à m'apprivoiser et certains m'appellent même de leurs vœux. Au fond personne ne me connaît réellement et tout le monde se préoccupe de moi.
Vous entretenez mon train de vie avec vos haines, vos peurs et vos sacro-saints profits.
Vos artistes m'ont sublimée par leurs écrits et leur musique. Ils m'ont élevée au rang de divinité (sans doute une résurgence de votre conception judéo-chrétienne de la vie).
Quand au commun des mortels, il me considère au même titre que la chasse, la corrida et l'apéro : une simple coutume.
Vous ne savez plus quoi faire de votre vie, reste la mort.
Vous mourrez parce que ne pouvez vous empêcher de mourir .
Etrange, mais tellement humain !
C'est un peu comme la guerre. Vous criez haut et fort votre désir de paix et vous ne pouvez vous empêcher de produire des Napoléon, Hitler, Staline, Bush, Sharon et autres fêlés de la casquette.
En fait vous m'avez à la bonne.
D'ailleurs je voudrais profiter de mon regain de popularité pour vous faire une petite remarque.
Cessez de m'affubler de cette ridicule cape noire.
J'ai HORREUR du noir. Ca me rappelle trop … la vie !
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