En parler, ça fait du bien


Une à une les fenêtres de mon immeuble se sont éteintes.
La cité s’est endormie. Seul bruit persistant, le grésillement des quelques lampadaires encore luisants qui veilleront toute la nuit. Le silence est tombé sur les amours, les disputes, les joies et les drames de nos intimités.
Ne croyez pas que j’habite une de ces cités chaudes style défavorisée, misère-délinquance. Non c’est une cité banale comme beaucoup, sans histoires, à part celles qui se déroulent derrière la porte de chaque appartement, ignorées de tous, protégées qu’elles sont par le voile de la pudeur, de l’indifférence, de l’ignorance ou tout simplement du silence convenu.
Et si la concentration d’histoires engendrait l’indifférence,
Et si la concentration de la vie était mère de ce silence,
Et si…je décidais de parler de ma petite histoire, espérant trouver, par la confiance que je vous témoigne, une aide à mon problème.

Voilà, je ne suis pas à la hauteur. Je ne lui apporte pas ce qu’elle est en droit d’attendre. Encore une fois trop court, trop rapide. Je l’ai lu dans son regard. Sa façon de s’isoler dans son coin est un aveu qui ne laisse aucun doute sur son ressentiment, même si elle ne dit rien. Jamais un reproche, malgré une insatisfaction compréhensible et pourtant elle est toujours là si je mélancolie. J’ai de la chance de l’avoir. Je lui donne si peu en retour.
Cela peut paraître surprenant, mais je crois qu’elle a compris que je faisais de mon mieux.

Parfois le week-end, on peut prendre le temps, on est plus détendus, on peut s’en donner à cœur joie. Chacun trouve son équilibre où il veut, comme il peut. L’un et l’autre semblent accepter d’être impuissants face à cette vérité. Je ne peux m’empêcher de me sentir coupable malgré tout. Au fond de moi, une voix me dit que ce n’est pas suffisant.

Ce n’est pas simple, dans ma cité, de trouver un coin sans voitures ni béton pour que ma chienne labrador puisse s’éclater dans des courses folles pour attraper sa baballe.

C’est pour elle que j’ai décidé de vous en parler, moi ce n’est qu’accessoire car je sais que parler ne sert à rien si personne ne veut entendre.


Gilles Gras

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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