Voyage au bout de ma nuit


A force de perdre son temps à chercher le d'où viens-je et le qui suis-je, personne ne semble se soucier du où va-t-on je.

Quand j'étais petit, celui qui cassait payait, normal. Exemple, les sales boches (qui sont maintenant devenus nos copains allemands) y z'avaient tout cassé la France et ben ils ont payé, on leur a tout cassé leur pays. Pan dans les dents. A l'époque ce n'était que justice, tout le monde était d'accord que qui c'étaient les vilains. Pareil quand tu regardais de trop près la copine du voisin. Le voisin il se plantait face à toi et si t'étais moins fort que lui, tu prenais une raclée. Ceci dit ça n'empêchait pas la copine de larguer le voisin pour partir avec toi. Mais n'embrouillons pas le propos…

Aujourd'hui l'Oncle Sam et sa théorie du bon droit fait que tout va de travers. Pourquoi ? Parce que tout le monde n'est pas d'accord. Ca l'empêche pas de râler parce que on veut pas payer la note de ce qu'il a cassé l'Irak. C'est un peu comme la copine du voisin aujourd'hui. Dix béberts qui lui font partager les plaisirs de l'amour, si tout le monde n'est pas d'accord, et en particulier elle, ça s'appelle un viol sinon c'est une relation multi-partenariale ou - La copine du voisin c'est une chaudasse !

Tout petit déjà je gueulais pour un oui, pour un non. On avait beau me dire - En Dieu faut que tu crois ! Dans la rue que j'grandissais quand tu t' battais, tu croyais qu'en toi. Nos jeux de rôles étaient un peu ringards, mais notre avenir c'était l'espoir de s'attirer le sourire de la fille du boulanger. Jamais on ne l'aurait forcée à nous sourire. Et pourtant à l'époque, à les entendre, l'exemple à suivre c'était toujours les autres, la bonne graine. Nous, forcément on ne pouvait que finir voleur, escroc, faussaire, condamnés par la logique de l'absurde à l'échafaud. On aimait le rock'n roll, les cuites, les putes. Les lendemains n'étaient pas toujours drôles, mais jamais on a oublié le papillon dans notre cœur, celui qui retourne en chenille quand il reluque un jupon. Voilà peut être ce qui explique qu'aujourd'hui encore je gueule pour un oui pour un non.

Quand j'étais petit, si les parents n'arrivaient pas à élever leur mômes, ils se suicidaient ou les mômes partaient à Ladasse. Aujourd'hui on suicide les gosses.

J'me dis que le monde dérape tellement qu'on pourrait finir par penser qu'une mère qui étrangle sa fille sans la violer c'est gâcher le métier. Ce ne serait pas la première horreur qu'on accepterait sans broncher, mais je refuse de me taire, même si je suis une goutte d'eau dans le désert car le silence est la canne sur laquelle s'appuient les dictatures.

Aussi quand je vois que les voleurs, escrocs, faussaires sont dans le camp de l'exemple à suivre, j'me dis que la mauvaise graine qu'on était a eu un meilleur jardinier.


Gilles Gras

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Un petit commentaire pour le zauteur...
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