Enlève ton voile je t'ai reconnu
Touche pas à ma laïcité, cette liberté conquise sur l'obscurantisme religieux, celle qui nous permet de se sentir égaux dans notre jolie bulle de fraternité. C'est beau et tellement simple, tu retires ton voile, je pose mon béret et j'te paie une mousse…voire plus si affinités !
Au départ j'ai cru à une bonne vieille farce, typiquement humaine, le truc sans conséquence.
On rigole un bon coup et on passe à autre chose.
En y regardant de plus près je me suis vite rendu compte que j'étais dans l'erreur.
Le vrai s'était bien déguisé et derrière lui il y avait elle, derrière elle il y avait cet autre lui et derrière lui c'était le néant insondable de la supériorité évangélisée de l'homme sur la femme ! Le voile ne serait donc que cela ?
Bien sûr j'ai du collecter de multiples faits ainsi que de nombreuses preuves avant d'en avoir la certitude car il se pouvait que moi-même je sois confus dans mes motivations. Voyeurisme, racisme, ingérence, curiosité, révolte, refus de la différence, peur de l'autre...
Le plus curieux dans tout cela, c'est que l'esprit des hommes semble s'être forgé à cela. Ils se révèlent être passés maîtres dans l'art de rendre suspects la moindre marque de tendresse, le moindre écart amoureux, le moindre sourire.
Personne ne sait quand c'est arrivé, ni qui l'a dit le premier.
Tout cela s'est installé sans bruit, sans rumeur, sans aucune révolution d'avant d'autres révolutions, l'assèchement du sentiment produisant son effet jour après jour. Il s'est insinué dans les cœurs, il a rempli les âmes, pour renaître dans cette tromperie dévastatrice.
Le discours des têtes pensantes autoproclamées a condamné le désir au silence pour mieux asservir l'amour et ternir de mille flammes l'espoir des pensées fleuries.
Facile de se dédouaner en dénonçant ce qui se passe dans le jardin du voisin car entre nous, ne portons-nous pas aussi un voile, certes moins ostensiblement, mais tout aussi oppressant, tout aussi opprimant. Au fil du temps l'homme a cultivé les fruits acides du mensonge sur le terreau de l'indifférence pour mieux récolter le venin du rejet des différences.
Tout compte fait, je préfère croire à la farce et me rire d'elle,
Afin de lui prouver que malgré les apôtres de la haine,
L'amour sera toujours plus fort que les charniers,
Et que dans le désert qui saigne de la bêtise humaine,
D'autres que moi verront pousser l'olivier.