Le coeur et le bâton
Maurice est une ordure.
Sa réussite s’est forgée de la souffrance de ceux qu’il a piétinés, par le sang de ceux qu’il a trahis, sous les cris de ceux qu’il a opprimés et par les larmes de ceux qu’il a vendus.
Des gamins de Drancy aux barricades de Paris, ordure j’écris ton nom.
Nathalie est une idéaliste.
Son amour s’est transcendé au nom des opprimés pour se fourvoyer dans des combats perdus d’avance. Elle a voulu embrasser le monde, une poigne d’acier lui a brisé les reins.
De Jean Marc Roullian à Georges Besse, amour j’écris ton nom.
Destins croisés, rencontre imaginaire au fond d’une prison.
Tout vieux qu’il soit,
Il aurait mérité d’y rester pour en crever.
Ni haine, ni vengeance, juste une maigre consolation.
Bien que très malade,
Ils ont décidé qu’elle finirait par en crever.
Ni dieu, ni maître, pour elle l’implacable répression.
Papon libre, Ménigon qui se vide,
Le coeur saigne sous le joug du bâton.
J’en viens à croire que toi, l’oublié de Vilnius, tu t’en tireras mieux là-bas.
Ici Guignol ne fait plus rire nos enfants, le croquemitaine pointe à l’Anpe depuis que Sarko veille au grain. Le rêve s’étiole dans un sommeil intermittent, l’intermittent ne se donne plus en spectacle, le spectacle a déserté la rue, la rue s’emplit de peur, la peur réveille les extrêmes, au loin se profilent les élections.
Un 21 Avril la France a voté comme un enfant gâté. L’enfant s’est retrouvé en pension, soulagé d’avoir éloigné l’ombre des camps. Je sais, comparé à ta prison, notre vie paraît plus confortable, pourtant on voit ici et là fleurir les barbelés sur nos envies et sur nos espoirs. Sûr que tu nous aurais écris une bonne vieille chanson, une qui aurait couvert le hurlement des loups, une qui aurait réveillé l’instinct de la meute.
Mais tu es loin et moi je n’ai pas ton talent.
Je veux croire que cette fois-ci les consciences se réveilleront, que de ce sursaut naîtra un contre pouvoir érigé en rempart contre les volontés liberticides des héritiers de Papon.
Je veux dire à ceux qui faisaient encore dans leurs couches dans les années 70, à ceux qui ont tant espéré en 81 pour mieux se faire enfler en 2002, que ce sentiment oppressant qui pèse sur notre vie aujourd’hui est le même que celui qui a poussé des gamins à chercher la plage sous les pavés, ce sont les mêmes idéologies politiciennes qui ont enfanté les autonomes, Mesrine, Baader, Ménigon, et autres Carlos.
L’oppression engendre toujours la révolte
Et la révolte n’est jamais menée avec mesure,
Car quand le coeur saigne sous le joug du bâton …
Gilles Gras