J'ai testé pour vous
Depuis quelques semaines les allusions sur Chantelle bourgeonnent sur Quincailles. Moi ça m'agace de ne pas pouvoir participer parce que je connais pas. Je crois ne pas être le seul sur ce site et les ceusses qui savent en profitent allègrement. N'écoutant que mon courage j'ai donc décidé de prendre ma Z3 et mon Labrador pour tenter de rencontrer enfin le taulier en chair et en os ( vu les quelques réflexions désobligeantes qui circulent sporadiquement, il semblerait d'ailleurs qui soit plus en chair qu'en os). Mais ne nous égarons point dans des détails .. euh ..détaux.. déteaux.. bref sur un détail (voire plusieurs) qui pourraient nous détourner de notre quête de vérité.
Après quelques recherches avec le pote Bison Futé et tout imprégné des multiples renseignements glanés au gré des interventions Zauteuresques, me voilà parti sur les routes, le cœur haletant, le dictaphone recevant en live mes émois, mon impatience et ce désir impérieux de découvrir. Durant les heures interminables qui me séparaient de la terre promise ( ah oui, j'ai oublié de préciser que quel que soit votre point de départ, le voyage s'évalue en heures. Cherchez sur la carte de France un point éloigné de tous, vous ne serez pas loin de Chantelle) je reprends, durant etc, etc, j'essayais d'évoquer abstraitement le havre de paix de notre taulier, avant de le visualiser plus tard concrètement. En clair je m'emm.. sérieusement sur la route qui n'en finissait pas.
Je sombrais imperceptiblement dans une somnolence incompatible avec la maîtrise raffinée des nombreux chevaux qui se débattent sous le capot moteur de la Z3. A croire que des forces occultes oeuvraient pour l'échec de ma mission.
Enfin le panneau Chantelle.
Je sortais de ma léthargie, la perception sensorielle décuplée par l'imminence de LA rencontre.
Intelligemment je me gare en plein centre de cette mégalopole rurale de 1200 âmes. Je poursuis à pied mes investigations. Les premières rencontres ne sont guère encourageantes. Renseignement pris auprès d'un mobychtone ( indigène se déplaçant en mobylette), il semble que depuis quelques jours Chantelle soit le point de chute de personnes au faciès de psychopathe, qui s'expriment principalement par des grognements et qui paraissent avoir une conception de l'hygiène plus que douteuse. Autre désagrément, ils se crêpent le chignon avec une bande d'hystériques, secte d'adorateurs de la cabine téléphonique. Mœurs étranges !!!!
Proche de la déshydratation je me réfugie dans un petit bistrot. - Mes respects à vous tous, en cette belle journée… pas de réaction. Il faut vous dire que les quelques déshydratés, à priori chroniques, présents dans l'établissement sont en grande discussion autour d'un gaillard aux tempes grisonnantes (détail morphologique anecdotique) dont la voix paraîtrait plus en phase avec les lieux si nous étions dans un amphithéâtre romain. J'avise timidement la tenancière, timidement car, outre sa gouaille très Ménilmontant, ses bras sont comme des cuisses, pâle copie de ceux du gaillard grisonnant (détail morphologique moins anecdotique pour la suite)
- Je cherche Le Taulier, pourriez-vous… et voilà le gaillard qui m'apostrophe d'une tape amicale (dont mon épaule se souvient encore depuis une semaine malgré les traitements antalgiques sophistiqués de la Faculté de Médecine)
- Tu cherches le Bill, tiens bois un canon, j't'emmène.
Nous avons bu plusieurs canons avec tout le monde, dans une ambiance fort sympathique. Nous sommes partis car la Poste allait bientôt fermer et je l'ai accompagné prendre son courrier. De bonjour à tour de bras aux échanges verbaux dont tout le patelin profite, le tout ponctué de tapes amicales. Le gaillard est une source d'amour et de joie communicative, même ma chienne en a bénéficié (pour information, elle suit depuis une thérapie pour reprendre confiance dans les jeux de l'homme et si les psy existaient pour les Z3, ma pauvre voiture si délicate s'en porterait peut être mieux).
Seule la perspective de rencontrer le taulier me soutenait et m'empêchait d'être submergé par les flots impétueux de sa générosité.
mon dictaphone que le gaillard avait essayé d'apprivoiser (imaginez un concentré de technologie confronté aux paluches de notre homme, le concentré l'a pas fait un pli).
Je me suis réveillé le lendemain sur un divan, dans une pièce que j'ai prise d'abord pour un décor de théâtre.
Ma tête dansait la carmagnole au moindre bruit. Je tentais de formuler un raisonnement sur cet instant de vie en recollant les Jeannot, le Piar, pti Ben, l'indien, les strchroumpfs, les bruits de dés sur une piste, la course des pions comme au Jacquet ( double six, quatre et trois, laisse le Bill, Karine, et joue, tu r'prendras ben un ch'ti canon, Eh …).
J'ai profité du sommeil de la maisonnée pour récupérer ma chienne, terrée dans un recoin semblant avoir croisé la mort. Et lâchement je me suis enfui.
Aujourd'hui je reste convaincu d'avoir voyagé dans la quatrième dimension.
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