L'ardoise


C'était le temps de la buissonnière
J'avais cinq ans et des poussières.
Les grands voulaient que j'en aie six.
Pour l'école ça faisait plus sérieux.
Comme il fallait grandir à tout prix
Ils m'ont confisqué mes poussières
Mais elles étaient poussières de rêve.
Ca les grands ne l'ont pas compris
Comme ils ne m'ont pas vu pleurer
Les mots sur mon ardoise d'enfant.

De mon enfance me voilà orphelin
A la recherche d'un drôle de monde
Où les mots seraient comme la pluie
Diluant toutes les poussières de terre
Qui se plairaient à me noircir le cœur.

J'ai eu seize ans et ses poussières
Filant au gré de l'eau du caniveau.
A nous les chemins de grande vertu
Au parfum suave de fruits sauvages
Où s'enivraient les cœurs piétinés,
A la recherche au fond de ses yeux
De l'éclat qui rend la vie plus belle,
A plonger nos corps dans un brasier
Où se consume le peu d'innocence
Qu'il nous restait encore à vendre.

Les mots me dévoraient comme le feu
Cruels, insatiables, rebelles, ou coléreux
Pour s'embraser sous un ciel immaculé
Au sang des plaies trop souvent versé,
Tel l'insoumis pour une beauté farouche.

De poussières de vie
En poussières d'oubli
S'est entassé le temps.

Aujourd'hui nous fêtons notre petit dernier.
Le papier cadeau déchiré libère une ardoise
Sur laquelle est tracé en poussières d'amour
Un Joyeux anniversaire à toi tout simple.

Les yeux emplis d'émotion il nous a souri
Heureux d'avoir trois ans et ses poussières.


Gilles Gras

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