Le petit bigoudi.


Elle a mis son petit bigoudi, dérisoire souci de beauté.
Elle les attend, qui la trouveront changée sans le lui dire en l’embrassant vivement.
Le riz au lait est prêt, elle en a mis un peu partout, cela sent le caramel grillé.
Sa vie aussi est grillée. Elle y va, la fin se précipite, mais elle n’y croit pas vraiment,
sinon elle se coucherait là par terre et attendrait que ça vienne.
Non, elle continue, elle poursuit sa chance.
Aujourd’hui, c’est eux et ça s’agite à l’intérieur, elle tremble un peu.
« Tout va bien » murmure-t-elle, mais l’émoi ne la quitte pas….
Elle attend, et si c’était lui qu’elle attendait, son vieil amoureux, avant la fin.
« Oh mais quel âge a-t-il ? Ah oui, c’est beaucoup, ce n’est peut-être plus ».
Non, elle le saurait s’il était mort, elle a toujours tout senti de lui.
Alors peut-être un jour…ce jour ?
Elle attend, ils ont dit quinze heures ….elle enlève son bigoudi.
Ah le téléphone ! Ne pas courir, ne pas se prendre les pieds dans le tapis, le bon bouton, voilà…
« Allo, oui… je comprends...c’est dommage…une autre fois…oui, bien sûr…allez, au revoir. »
Un moment, le cruel l’assaille et puis doucement elle s’assied, se sert un peu de riz, c’est bon !
Mais le Sauternes, « je ne vais quand même pas l’ouvrir » … elle essaie, mais les tire-bouchons ne sont plus si pratiques.
« Tant pis, je le garde pour quand il viendra. »


Françoise Charrière

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