Les murs tristes.


Elle rêve d’écrire des bêtises sur les murs tristes mais elle n’ose pas.

Chaque jour de toutes les années, ses petits pas la traînent sur les trottoirs pisseux de la rue aux longs murs.

Sa maison est en haut, l’épicerie bazar en bas, entre les deux, le long du mur.

Rien pour ses yeux, rien pour reposer un peu son bleu;

Quelques lézardes lui disent où elle en est de son trajet. C’est tout.

Elle rêve de coups frappés qui entameraient le gris du mur, feraient de grands trous jaunes.

Elle sait qu’elle rêve, derrière c’est la caserne.

Deux ou trois fois par an, elle entend la fanfare, elle imagine de petits soldats aux joues rondes qui soufflent dans des trompettes dorées, puis, de nouveau, silence, elle marche dans le vide.

Aujourd’hui jeudi, on a arrêté une vielle femme qui écrivait des gros mots d’amour sur les murs de la caserne avec une bombe de cirage noir


Françoise Charrière

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