Les enfermés.


Il est huit heures trente, tu vas à l’hôpital dans un pavillon où tu as rendez-vous pour aller chercher un papier inutile mais important. Tu y vas machinal, tu n’as pas de clef. Une femme de ménage te dit qu’elle va t’ouvrir l’ascenseur, que tout le monde est en haut.

Tu montes. Arrivé à l’étage tu sors sur un tout petit palier rempli de fous qui attendent, tu as peur, tu leur dis bonjour, ils ne parlent pas. Un saute, un autre grogne, encore un se cogne et un accroupi est attaché au tuyau du chauffage par un bracelet de cuir. Tu veux reprendre l’ascenseur : verrouillé.

Trois portes sur le palier, trois fois fermées. Un carreau dans une porte, tu vois au loin une infirmière. Tu fais signe, elle te regarde et passe, un fou qui ne te parle pas frappe à la porte, la secoue, il veut t’aider. Tu crois que tu vas toujours rester là, que personne ne viendra plus jamais et que tu ne sauras jamais leur parler pour qu’ils te parlent. Il secoue fort, tu restes derrière lui, tu regardes au fond du carreau, l’infirmière repasse, hésite et puis s’avance, tu voudrais te mettre dans ses bras quand elle vient te délivrer.

Tu descends dans l’ascenseur avec eux qui vont prendre leur petit déjeuner, tu as les jambes qui tremblent.

Tu leur souris parce que c’est fini.


Françoise Charrière

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