La bande.
Elle est brave la grise qui va devant. A petits pas trébuchés elle suit le temps qui s’emballe, en saisit encore quelques franges effilochées mais sait que bientôt elle le regardera s’envoler tout à fait.
La bleue est lourde maintenant, elle a du mal à suivre, mais que ferait-elle d’autre ?
C’est une suivante depuis toujours, pas malheureuse de l’avoir été, alors elle continue.
Elle est sûre de la grise, de ses folies comme de sa raison. Confiance absolue sans question,
ou questions si petites aux réponses si tendres que cela ressemble à de l’amour.
Elle poursuit l’amour.
La rose si jolie, si fragile qui ne touchait pas terre, la voila perdue tout à fait… elle supplie qu’on l’attende. Elle a toujours été en retard partout mais là c’est sérieux, on ne peut pas manquer à celle qui a laissé tomber parce qu’on ne sait pas si elle n’est pas encore un peu là avant le trou.
La grise ralentit ... pas question de s’asseoir en route sur un banc ou sur un muret, on ne s’en relèverait pas. Elles se resserrent derrière la boîte.
C’est la verte, la vaillante qui est partie la première. Etrange tout de même, cette belle petite personne si vive qui s’est évaporée d’un coup, comme ça sans en prévenir aucune.
C’est rosse de leur avoir fait ça.
Elle disait parfois qu’elle redoutait de voir leur bande attaquée, pensait ne pas y survivre… et puis riait.
Voila, c’est fait, l’attaque a commencé et elle ne l’a pas vue.
Bienheureuse la vaillante qui a vacillé en tête, le corps a suivi.
Trois femmes debout marchent derrière celle couchée qui les tenait éveillées et veillera peut-être sur elles.
Françoise Charrière
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