Intérieur.
Quand j’étais jeune, j’ai eu un enfant.
Suivant son père j’ai vécu dans un hôpital psychiatrique en Alsace.
Lorsque je sortais pour nous aérer, le petit et moi, les fous arrivaient comme des corbeaux sur le landau de mon bébé ; je les accueillais, les laissais le regarder comme un miracle, mais certains jours plus que d’autres, je redoutais cette nuée sur mon petit et je ne sortais pas.
Nous restions Axel et moi dans un tout petit appartement au dessus de ce que l’on appelait un pavillon de malades.
Je ne savais rien des fous et des psychiatres non plus.
J’allais au village avec le petit, c’était la sortie, l’échappée de l’autarcie.
On m’y parlait toujours en Alsacien et quand je disais que je ne comprenais pas, on me répondait : ah, vous êtes de l’intérieur ! Je me disais : oui, je suis de l’intérieur, je vis à l’intérieur et cela, au fond, m’aidait et me plaisait.
Je suis quelqu’un de l’intérieur.
Françoise Charrière
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