Face à face
Debout, nue sous mon visage, je me vois sans détours,
De la tête légère immergée mon visage surgit hors de l’eau.
Implacable la petite glace en face de la baignoire et j’y reviens toujours.
Cheveux plaqués en arrière, grandes oreilles décollées qui s’imposent, front désert,
pommettes hautes presque tuméfiées, deux cernes profonds, joues creuses, bouche pâle serrée,
petite ride à la base du cou.
Il y a du visage de mon père dans mon visage, je ne sais lequel je scrute.
Je n’évite pas mon visage défiguré. Il me ramène à la vie, à la mort.
Je connais mon visage de mort.
Rien à voir avec ma figure offerte.
Je sais l’imposture de la beauté
A pouvoir le regarder je sais que je suis encore vivante.
Et ne suis jamais sûre de pouvoir encore une fois y avoir recours.
A chaque fois que je me glisse dans l’eau je risque mon visage,
il se pourrait qu’un jour je ne veuille plus me faire belle figure.
Françoise Charrière
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