Ecrire.


Dans ma rage d’écrire, j’ai reçu me jetant à ma table, son angle, en haut de la cuisse ; d’abord un cri retenu et la main frottée pour adoucir.

Depuis, chaque matin sous l’eau qui tente de me laver, je vois l’écriture sur mon corps. Une petite tache légèrement brune qui ne partira plus. Chaque jour je penche la tête sur ma tache.

J’ai le corps écrit, j’écris mon corps.

Il y a des pans de pages illisibles, des replis dans lesquels les mots ne respirent pas encore. Il y a des pentes sur lesquels ils glissent et tombent comme des pierres. Un corps s’anime ou se fige dans chaque mot écrit. Il est bercé, secoué, épinglé, griffé, frappé, réveillé, caressé, suspendu par les mots.

Mon corps ne tient qu’aux mots.

Pinocchio pantin de bois vend son abécédaire inutile puisqu’il n’a pas de chair pour y inscrire les mots du vivant.
Son salut : le ventre de la baleine où tout est écrit déjà, presque tout. Les murs de son énorme panse sont tapissés de rayonnages et des milliers de livres suivent leurs courbes.
Une seule bougie pour apprendre à les regarder, les toucher, les ouvrir, les lire, y entrer, prendre corps. Et, vautré dans les livres, un jour, en trouver un, surprenant, tellement indécent, un livre blanc, nu ... un qui saute à la figure, un qu’il faut écrire absolument pour tracer ses contours et se mettre dedans ... apprendre à y marcher pour aller se porter dans le monde.


Françoise Charrière

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