Liberté
Quelques affaires suffiront. C’est décidé, je pars maintenant, en laissant tout. Ils savent que je reviendrai et ils sauront m’attendre.
Je franchis la passerelle. Les drisses battent contre le mât encore nu, la baume en mouvements saccadés s’impatiente de déployer les voiles. Le vent est au rendez vous. Il est l’heure, l’océan m’attend.
Je double le phare, puis la dernière bouée, cap au large.
A peine plongée dans l’immensité, je m’enivre des embruns qui me fouettent le visage et me glacent la peau. Instant de vie intense, partage d’absolu avec moi même. Enfin ! Cette ivresse me rassure quant à mon choix. Mais avais-je vraiment besoin d’être rassurée.
J’ai bien fait de partir.
Jour après jour l’océan majestueux déroule son manteau de silence sur ce face à face depuis longtemps recherché. Le temps s’écoule du lever au coucher du soleil, sans humeur et sans surprise, invariablement. Combien de mois ont succédé aux mois, qu’importe. Je suis, j’existe.
Tel un métronome, le clapotis des vagues s’écrasant sur la coque rythme la respiration de ce dialogue sans mots. Souvenir furtif, ma fille doit s’agacer sur son étude. Encore son violon qui sera mal accordé, son archet qui s’obstine à faire friser les cordes…
Non il ne faut pas. Je ne me rappellerai pas.
Seule ma liberté peut et doit s’exprimer.
L’océan m’aspire et se pare d’un voile sombre. Voudrait-il me reprendre après m’avoir tant donné. Je me sens si seule. Je voudrais me blottir dans tes bras qui savaient si bien me protéger…
Non je ne plierai pas face à cette violence et sacrifier cet absolu quand il est synonyme de liberté.
Mais je me sens si petite, si fragile. Je voudrais entendre tes mots qui apaisaient mes peurs. Serre moi contre toi, parle moi, j’ai si mal d’être partie...
L’océan se révèle soudain dans sa grandeur monstrueuse.
La houle creuse les traits du cauchemar dessiné maintenant sur le fond de mes certitudes.
Pourtant je ne me suis pas menti.
Toi liberté tu m’as séduite en m’offrant l’absolu et je t’ai embrassée. Fallait-il pour autant me condamner à ne plus retrouver tout ce qui faisait ma vie, à ne plus revoir ceux que j’ai contraint à prendre la liberté de vivre sans moi.
Je me sens si coupable de m’être laissée abuser.
Je suis prisonnière de mon désir de vivre.
Reste la colère et la tristesse, devant cette autre vie sans liberté aucune…
Moi face à moi-même.
Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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