Le bleu de ses yeux


Tranquille dans ma chaise longue je regarde (disons-le franchement je l’admire) mon fils souriant du haut de ses 10 ans.
Je lis dans le bleu de ses yeux l’insouciance et la candeur qui le caractérisent.
Il pose sa mallette sur la table et l’ouvre.
Ses mains caressent comme pour revivre l’émotion ressentie en découvrant le contenu de cette mallette reçue en cadeau. Il saisit la poignée, assemble une branche, deux branches. La corde prend sa place et se tend. Comme par enchantement, selon un rituel connu de lui seul, l’arc prend vie entre ses mains. Je ne sais pas à quel moment l’innocence s’est muée en détermination dans le bleu de son regard, troublée de voir ce petit bonhomme tel un highlander se préparant pour partir combattre l’anglais, fixant sa broche sur son tartan d’apparat, dissimulant son coutelas dans les replis du kilt aux couleurs de son clan et tressant ses cheveux. Rituel d’un autre temps afin de mourir en beauté au champ d’honneur. Petit bonhomme dans son champ, guerrier dans la brume des lochs, maintenant ils sont prêts.

Les traits du visage changent.
L’expression que je lis à présent chez mon enfant m’est inconnue.
Il enfile son protège doigt en cuir,
Choisit une flèche dans son carquois fixé au jean,
Il encoche, prend position, bien de profil,
Le poids du corps également réparti sur ses deux pieds légèrement écartés.
Il peut maintenant toiser cette cible insolemment dressée à 18 mètres.
Il est seul, face ou contre elle. Qu’est-elle pour lui ? Impossible à dire tant son regard est fermé. Seules la tension et la concentration sont palpables. Son attitude, bien que martiale, me glace. Il bande son arc, en un éclair il a visé et libéré la flèche.
Comme l’instant, nos regards se figent, dirigés vers le même point. La flèche vibre au centre de la cible. Il se tourne vers moi, le visage rayonnant du vainqueur, son silence n’est qu’interrogation. D’un hochement de la tête j’acquiesce. Il comprend, je suis fière de lui.
Un frisson me parcourt le corps. J’ai approuvé le geste, admiré son adresse promesse de futurs trophées qui relègueront au rang de l’oubli les inquiétudes d’une mère pour la réussite de ses enfants et je ne peux plus revenir en arrière.
Oui je frissonne, comme les femmes des Highlands apprenaient à leurs garçons comment se vêtir pour la guerre, je frissonne car,
Comme elles je n’irais jamais mourir sur les champs de bataille,
Comme elles je prône la paix en élevant mes enfants dans l’amour de l’autre,
Comme elles je frissonne en réalisant

Que je venais d’armer mon fils.


Deliane G.

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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