A ceux qui ...


Fillette j’ai pris toute la mesure de mon intelligence. Quelques soient ses problèmes existentiels, je trouvais toujours la réponse juste qui apaisait les peurs de mon nounours.
Mes poupées restaient bouche bée, les yeux emplis d’admiration à l’écoute de mes aventures quotidiennes de cour d’école.

A quinze ans j’étais la reine du Tolbiac, les garçons n’avaient d’yeux que pour moi. J’étais la plus belle en mini-jupe dans ce café à onze heures du soir, assise sur le vieux billard, à les observer discrètement se disputer pour une mauvaise passe au baby-foot.

A trente ans, entre toutes les possibles du quartier, il m’a choisie, moi, sans hésitation. Forcément j’étais brillante, avec un avenir professionnel prometteur.

A quarante ans, il m’avait quittée depuis longtemps, mais tout me réussissait. J’étais une de ces femmes influentes qui font et défont les carrières au Centre de tri du 13ème arrondissement.

A cinquante ans, le monde associatif m’ouvrait les bras. Naturellement je devenais la Présidente de l’Association Mots Fléchés de la Poterne.

A soixante ans, lassée d’être indispensable, je peux m’accorder, enfin, le temps que je mérite.

Et à ceux qui, comme ma voisine, s’interrogent sur ma vie de solitaire, je réponds :

Seule, moi ?
Jamais !
J’ai toujours été la femme de ma vie …


Deliane G.

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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