Simplicité


Est-ce vraiment un prénom ou juste une qualité ? Les parents de la petite personne en question étaient du genre new-age et avaient choisi celle-ci dans les multiples qualités des anges et entendaient en faire cadeau à leur première née.

Elle raconta ce qui suit :  On m'avait dit en naissant : " Ma petite il faut faire simple pour être heureux dans la vie ! "

" Faire simple ? " Simplicité avait l'équipement nécessaire pas réellement compliqué : deux bras, deux jambes, une tête avec trois fois rien de cheveux et ses sensations se limitaient à avoir faim, soif ou mal aux fesses.

Face à sa grande simplicité, elle constata rapidement que ceux là même qui lui avaient, au départ, conseillé d'être simple ne l'étaient pas du tout.

Aisé à constater, à la manière qu'avait son père de se gratter le menton d'un air dubitatif quand il la regardait hurler au fond de son berceau et à la façon qu'avait sa mère de pencher la tête à droite en crispant la bouche et les yeux en écoutant ses premiers balbutiements.

Elle comprit donc qu'il allait falloir s'accommoder de ces caractéristiques de complication familiale d'autant que l'âge avançant, elle même, détectait dans sa propre personnalité des traits qui s'écartaient de la simplicité originelle. Tel ours de petite taille qui lui avait fort plu dans sa toute petite enfance, allait être, à sa demande, remplacé par une poupée dont les yeux se fermaient tout seul et qui mouillait ses couches. Il en fut de même pour à peu près tout : la nourriture, les vêtements, les distractions et même les relations avec les autres. Simplicité en demandait toujours plus et de plus en plus différents.

A la maternelle, elle changeait de meilleure amie tous les trois jours et se détachait de tout intérêt pour l'institutrice après trois mois pour lancer des regards désespérés vers le maître de la classe d'à côté.

A vingt deux ans, son directeur de thèse qui était bouddhiste, lui répéta en d'autres termes la même petite phrase sibylline du début de son existence : " Ma petite, pour être heureux il faut apprendre à se contenter de peu. "

Elle obtempérait en accentuant la démarche, en renonçant à peu près à tout, devint anorexique, cessa de fumer, coupa la relation avec son petit ami, ne fréquenta plus ni père ni mère et brûla ses livres. Même là, voulant faire simple, elle avait exagéré et sa vie était devenue très très compliquée.


Claude Cordier

Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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