Flavien
De son nom de famille Rigodon. Issu de Paul Rigodon et de Mélanie Rigodon née Ferveuil. La grand mère Ferveuil penchée sur son berceau avait dit en minaudant : " Oh le joli petit chéri, comme il ressemble au grand père Marius, il va être intelligent, riche, admiré et tout et tout, le gentil petit Flavien à sa mémé. "
Flavien a tout de suite vu le topo, il a ouvert une large bouche pas encore encombrée par quelque tétine " à faire taire ", et a lancé son deuxième cri d'horreur après celui de la naissance. Appoline, la femme du Marius en question, a sursauté puis ricané bêtement comme tout un chacun fait quand un nouveau né vous surprend et que l'on ne sait quelle attitude prendre.
Comment Flavien savait-il déjà que l'héritage intellectuel et financier du grand père serait dur à porter ? Mystère. Il avait surtout compris qu'on n'allait pas, dans la famille Rigodon affiliée Ferveuil, lui demander d'être simplement lui même, non, on allait à grand renfort de souvenirs lui inculquer l'idée qu'il serait le Marius réincarné.
Même le père de Flavien, quoique n'ayant connu le grand père que quelques années, lui vouait une admiration sans borne. Orphelin lui même de père dans sa prime jeunesse, il avait beaucoup investi dans sa fonction de gendre et pleura de réelles chaudes larmes à l'enterrement du sus cité.
Il faut dire que le Marius avait fait fort question " satisfaction à donner aux parents " : le bac à 17 ans, puis Cagne sans la moindre difficulté, il continuait même à trouver le temps de jouer au polo et au Majong, l'école Normale Supérieure avec les félicitations promotion Bachelard, l'agrégation de philosophie, plus un doctorat de routine sur " le dit et le non dit ". Il avait également à son actif quelques temps de résistance bien publicitaire, le reste de ses années dans le gaullisme militant et l'adhésion au Grand Orient de France, mais ça Apolline ne le dit pas, elle a la honte. Toutefois elle voulait bien oublier que cette affiliation lui avait permis de devenir directeur général du Crédit Pluriel d'Equipement avec le salaire et les avantages en nature que le poste suppose dont la BMW grise. Et Apolline n'avait pas craché sur les avantages en nature.
Très vite Flavien n'envisagea plus qu'une issue : l'autisme, pur et dur. Ne plus rien voir, ne plus entendre, ne plus communiquer. Et cela il le fit bien. On aurait pu dire que question volonté il tenait de son grand père, mais on ne le dit pas, cela aurait pu le froisser un peu plus, et il était déjà passablement chiffonné. On se replia sur son malheur : Apolline perdit le goût des confitures et se laissa dépérir. Les parents, Paul et Mélanie, firent tout leur possible pour bien s'occuper de leur petit retardé, Mélanie abandonna son métier d'institutrice et Paul le golf qu'il ne pratiquait plus que sur ordinateur pour être plus souvent à la maison.
Toutefois en cachette ils se remirent à la tâche et produisirent un autre rejeton qu'ils nommèrent Clodomir en souvenir d'un ancêtre Mérovingien dont le portrait se trouvait au dessus de la cheminée, mais là la distance était trop grande, Clodomir se ficha comme de l'an quarante d'arborer les mêmes oreilles pointues que le digne rustre du tableau, il devint n'importe quoi, c'est à dire musicien et en fut très heureux.
Quant à Flavien, passé la majorité, il quitta la maisonnée, reprit ses sens et sa parole, s'embarqua sur un pétrolier et termina sa douce existence sur une plage de Pointe à Pitre, patron d'une paillotte qu'il avait baptisé " Chez Marius " pour attirer les marins marseillais de passage.
Lire les comme en terre et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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