Le jogger
Dans les puits de lumière froide des réverbères, la pluie de novembre tisse un voile glacé.
Sous l’épais édredon de nuages, la lune, enfant malade, engloutit sa pâleur.
Mes semelles souples frappent le bitume, et chaque impact irradie sa petite douleur dans mes tendons et mes articulations.
Mes chevilles sont humides, et c’est plutôt agréable.
L’averse lave le sel de la sueur qui brûle mes yeux.
Sous le coupe-vent, mon polo léger est trempé depuis longtemps.
Mon souffle reste régulier - inspiration sur trois pas, expiration sur trois ou quatre - et si mon coeur s’accélère quand la route s’élève, je ralentis un peu le tempo.
Derrière les portails cadenassés, les chiens dorment encore.
Les volets sont clos.
Les premiers camions de livraison stationnent devant les grilles baissées des commerces ordinaires.
Un trou dans la succession de pavillons mitoyens m’ouvre brièvement la vue, au loin, sur l’inexplicable beauté de l’enchevêtrement des canalisations et des poutrelles de la raffinerie, illuminée par l’éclat blanc de milliers de néons.
La ville est à moi.
Ma foulée s’allonge sur la ligne blanche qui marque le milieu de la chaussée.
Le Grand Chien Noir dort encore.
Je cours.
Chaque appui repousse sous moi le poids du monde.
Je cours.
Chaque envol, si bref soit il, est mon éternel triomphe.
Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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