Alfred Roques est mort
Alfred Roques est mort. Le 11 novembre.
On l’appelait «le Pépé du Quercy».
Il avait soixante dix-neuf ans. Mais ce n’est pas pour ça qu’on l’appelait Pépé.
C’est parce que sa première sélection en équipe de France, il l’avait eue à trente trois ans, et que, jusqu’à trente sept ans, il a été le pilier droit d’une bande de quinze gaillards, (dont quelques génies : Lucien Mias, François Moncla, Rancoule, Martine, Domenech "le duc", Gachassin, les Boni, Crauste, Albaladejo) qui s’est offert l’Australie à Paris (on jouait à Colombes) et les Sud Af’ à l’Ellis Park. Denis Lalanne, journaliste à l’Équipe, en avait fait un bouquin que des centaines de mômes qui n’avaient pas la télé ont dévoré, en se fabriquant des rêves de gloire, de cad’ dèb de légende, de plaquages d’anthologie, de mêlées dantesques.
Ça s’appelait «Le grand combat du XV de France». Rien que ça.
Il était natif de Cazes-Mondenard, un village quelconque du Quercy.
Comme préparation à un match international, il allait retourner un champ entier et, quand on l’interrogeait sur le secret de sa force, il disait : «j’ai bon appétit».
A un journaliste qui lui demandait ce que le rugby lui avait donné, il avait répondu : "Moi, je conduis la benne à ordures à Cahors, et grâce au rugby on m’a mis un smoking et j’ai serré la main de la Reine d’Angleterre".
Voilà.
Le seul sang qu’il avait sur les mains, c’est celui qui avait coulé de l’arcade éclatée d’un Anglais méprisant, de l’oreille découpée d’un Irlandais courageux , de la dent éjectée d'un Gallois présomptueux, de la pommette fendue d’un Écossais belliqueux, du nez écrasé d’un Sud Africain obtus, du crâne entaillé d’un Australien bagarreur ou, suprême honneur, de la lèvre explosée d’un Néo-Zélandais joueur.
Et souvent le sien, bien sûr. Car à ce jeu, comme dans tout échange honnête, donner et recevoir sont les deux fondements du juste équilibre.
Il n’y a aucune relation à faire avec la mort d’un célèbre dirigeant palestinien, dont la justesse de la cause n’effacera pas les centaines de morts qu’elle a directement ou indirectement entraînées.
Inévitables les morts. Sans doute. Nécessaires ? Peut-être.
Mais s’il faut me choisir une icône, j’aime autant le pilier éboueur légendaire dans son village, plutôt que le chef de guerre dont le charisme et le courage ne sauraient occulter les vains entêtements, l’ambiguïté, l’appétit de pouvoir et la duplicité.
Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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