Les Perlas forment un archipel d'une multitude de petites îles très sauvages, pour la plupart inhabitées, à une journée de navigation de Panama.
Le premier soir nous mouillons en face de l'île de Contadora, célèbre pour abriter régulièrement des réunions au sommet entre chefs d'Etats. Comme il pleut, nous ne descendons pas à terre et, le lendemain, nous poursuivons notre navigation le long de l'archipel.

 

Nous zigzaguons entre les îles avec mille précautions car nous n'avons pas de carte de détails et il faut faire très attention à la profondeur de l'eau. Nous trouvons un premier mouillage en face d'une jolie petite île déserte. Nous avons vraiment le sentiment d'être de nouveaux Robinson Crusoe. Mais le vent tourne et nous craignons que ce charmant mouillage ne devienne un enfer dangereux au cours de la nuit.

Il faut donc trouver un autre mouillage.

A peine partis, le moteur cale inexplicablement. Antoine plonge avec un couteau et dégage difficilement l'hélice d'un incroyable méli-mélo de bouts en tous genres. Après une bonne heure à tout démêler, nous récupérons une bonne aussière d'une dizaine de mètres. Souvenir des envoûtantes Iles des Perles...

Arrivés à l'extrême sud de l'archipel, à Punta Coco, nous jetons enfin l'ancre devant une immense plage déserte, bordée d'une jungle verdoyante. Sur cette partie de l'île, il y a juste un petit poste de police, complètement isolé.

 

Nous descendons à terre, histoire de se promener un peu et de saluer les "policiers". En fait, le poste n'est qu'une petite bicoque délabrée occupée par 8 hommes qui ne ressemblent en rien à des fonctionnaires mais plutôt à des paysans. Aussitôt, l'un d'eux se propose gentiment de nous accompagner pendant notre promenade. Pourquoi pas ?

Le poste se situe à côté d'une piste d'atterrissage un peu vieillotte mais toujours en bon état. Notre "guide" nous dit qu'un avion passe ici chaque fin de semaine pour les ramener, lui est ses collègues, à Panama dont ils sont originaires.
Il nous explique qu'ils travaillent pour un énorme projet immobilier et que, d'ici 5 ans, il y aura sur cette île un gigantesque complexe hôtelier 5 étoiles pour touristes fortunés.

 

Son travail consiste donc à défricher une piste tout autour de l'île pour construire une route. Il nous montre son travail : 20 mètres d'un débroussaillage sommaire, à la machette. Y'a encore du pain sur la planche !

 

 

Pour le moment, aucune route, ni même aucune piste, n'aboutit à cette piste d'atterrissage et nous nous frayons un chemin dans la jungle pour arriver à la côte au vent, très belle et très sauvage.

Au retour, une mauvaise surprise nous attend : à marée haute, un rouleau déferle sur la plage et le départ en annexe est laborieux. Les "policiers/ouvriers" viennent nous aider à repartir mais, malheureusement, une vague remplit l'annexe et notre appareil photo numérique rend l'âme.
Nous doutons fort de pouvoir en acheter un autre aux Galapagos, aux Marquises, ou aux Tuamotus. C'est une grosse perte car nous n'aurons donc pas de photo de ces escales de rêve...

A la nuit tombée, de retour au bateau, nous réfléchissons un peu à cette curieuse île avec cette curieuse piste d'atterrissage qui n'est reliée à aucune route. A quoi peut donc bien servir une piste en pleine jungle, au bord d'une plage déserte ? Et pourquoi y-a-t-il un poste de police dans ce trou du monde ? Comme nous venons de dévorer un bouquin passionnant sur les relations de Noriega avec la CIA et l'organisation des trafics d'armes et de drogue au Panama, nous ne tardons pas à nous dire qu'il serait dommage de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment...

Ah les îles désertes : ça fait travailler l'imagination ! De quoi pimenter un petit mouillage tranquille !

 

Quoi qu'il en soit, nous aurions aimé passer plus de temps aux Perlas mais il faut une bonne carte de détail car la navigation ici est vraiment difficile. Toutes ces îles ont un charme fou et on pourrait y passer des mois sans s'ennuyer. Avis aux amateurs de solitude !