Et bien d'autres
Là bas j'imagine une table garnie des reliefs d'un festin olympique, une nappe blanche qu'on a renoncé depuis longtemps à ne pas souiller.
Autour, les plus grands morts...
Rimbaud qui a retrouvé le visage de ses 17 ans, comme sur la photo de Carjat, les joues pleines, le regard à la fois serein et rêveur d'un bleu magnifique. Un visage duquel se sont effacées toutes les souffrances de ce "satané pays"... l'Afrique. Il suit une conversation animée avec Rousseau, leurs insolences respectives s'entrechoquant, entretenues par l'absinthe de Rimbaud et l'eau de vie de Rousseau.
Derrière Rimbaud, Verlaine qui a taillé sa barbe et ses cheveux. Il a enfin retrouvé l'amour de sa vie et il ne le lâche plus de son regard apaisé et heureux. Il ne le quittera plus malgré les coups et les insultes qu'il sait vains.
A côté de Rousseau et qui lui tournent le dos, Diderot et Voltaire se foutent copieusement du philosophe qui n'en a que faire. Il a enfin trouvé quelqu'un digne de son tempérament. Au bout de la table, en patriarche, la barbe blanche posée sur le torse, Hugo, qui mange avec son regard sombre et ne dit mot. De temps en temps il jette un regard furtif à Zola assis à côté de Balzac.
Ce dernier n'a pas touché à son assiette, complètement exalté il écrit encore et toujours. Tant de livres à commencer et à terminer. Depuis son arrivée il ne s'est pas encore reposé et certains pensent qu'il ne s'est pas encore rendu compte de sa mort.
Un peu en retrait Chateaubriand et Lamartine pleurent.
Enfin, à l'autre bout de la table, Breton qui a commencé par le dessert, termine son entrée. Il ne va pas tarder à se lever pour aller rejoindre Nadja et flâner au gré des hasards.
Et moi, timide, je les observe, il reste une chaise mais je sais déjà que je n'aurai jamais le courage de m'y asseoir.
Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...
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