Défiance


Ma fille est étendue sous un linceul immaculé duquel dépasse une mèche de cheveux.

Le médecin nous demande de la reconnaître mais je ne comprends pas et lui demande bêtement comment faire, les yeux toujours rivés sur cette mèche de cheveux.

Alors sans un mot il prend un coin du drap. Je ne sais pas pourquoi mais je remarque que sa main tremble légèrement. Il a une fille j'en suis sûr.

Sans prévenir il soulève le drap d'un geste hésitant.

Le sol sous mes pieds s'ouvre et juste avant je vois son visage.

Ils ont essayé de le recomposer mais ce n'est plus elle, le visage est couturé de cicatrices, on voit que sous les paupières closes il n'y a plus rien, tout comme derrière ses lèvres qu'ils ont collées.

Je tombe dans l'abîme béant. D'un univers immaculé et bruyant je passe au vide noir.

La chute est longue, peut être plusieurs siècles. J’attends. Encore.

La chute s'arrête et je flotte dans ce vide inquiétant. Tout est noir mais je distingue un reflet devant moi. Puis je la vois entièrement. La mort avec sa grande faux. Le trou béant de sa capuche est rivé sur moi.

Elle ne s'attendait pas à me voir et moi non plus.

Elle se tient devant moi dans une attitude de défiance.

Nous restons un long moment face à face. Puis une volute blanche, impalpable s'échappe de mon corps immatériel. Ma Vie.

Je suis déjà vide de toute façon, je lui laisse les restes. Mais avant qu'elle finisse, un sentiment de fureur explose en moi. Elle ne gagnera pas !

Je me rue sur elle, irradiant la force et je pousse un hurlement qui me déchire les entrailles. Sa faux explose sur mon corps devenu lumineux. Mon hurlement la déchire, elle se disloque comme une feuille de papier restée trop longtemps dans l'eau.

Je retourne à la surface plus vite que la lumière.

Je suis allongé sur le carrelage glacé. Je me relève, tends la main sur le visage de ma fille. Je sens sous ma paume les fils de coutures. Le médecin tente de la retirer mais il se rend compte qu'il ne pourra pas; Rien qu'en y pensant je pourrais faire exploser cette terre.

Puis je retire ma main et dis à ma femme qui ne comprend pas:- "Elle peut partir maintenant. Elle n'a plus peur."


Argan

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


Accueil
Accueil
Les éditos
Les éditos
Les textes
Les textes