Courageux mais pas téméraire


Les lignes rouges sur fond blanc forment des dessins incongrus, des courbes étranges que je n’aurais jamais imaginées. Je me perds dans l’observation des ces lignes abstraites. Avec la fatigue le rouge et le blanc se mélangent et le dessin se trouble, se divise, s’assombrit. Je vois les montagnes du grand Nord, l’océan du Pacifique démonté, les vagues se brisant sur le récif en un écume extraordinairement blanche.

Etrangement beau mon sang sur la neige. Le chaud sur le froid, la vitalité et l’engourdissement et tout cela pourrait se décliner sans fin.

Toutes les nuances du monde en deux couleurs. Mais je veux voir plus loin que ces nuances. Que signifient elles et comment les maîtriser. Voir au delà des formes pour les remanier à l’infini, comprendre leur essence et me les approprier. En sachant maîtriser les nuances je pourrais voir au delà du monde vivant et peut être alors pourrais je connaître le secret de la mort.

Il faut donc que je continue à vivre. Finir le combat que j’ai interrompu pour me plonger dans l’observation hypnotique de mon sang dans la neige. Je m’arrache alors à la contemplation de ma vie étalée sur fond blanc pour achever mon adversaire. Il a cessé de combattre, il n’a jamais combattu. Il n’imagine pas au delà des nuances trompeuses. A ce moment je comprends à quel point ses coups sont primaires. Je commence à peine à effleurer la profondeur des nuances. Mais mon adversaire finit par mourir et l’état de divine voyance dans lequel je me trouvais s’efface lorsque j’observe le mort.

En effet le mort est le corps mais l’homme n’est plus dans le corps et j’ai l’impression d’observer un tas de linge sale et usé. L’homme est au delà du monde et des nuances, lui il connaît le secret. Ne pourrait on jamais connaître la mort avant de crever ?

Mais je ne veux pas crever ! Soudain toute cette réflexion me parait inutile…. Advienne que pourra, je préfère vivre dans l’ignorance que de me risquer dans l’inconnu.


Argan

Lire les comment taire et donner le tien
Un petit commentaire pour le zauteur...


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