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Henry, la quarantaine, est un bon père de famille, fidèle, dévoué à sa femme et à ses enfants. C’est un collègue de boulot apprécié, la lutte de pouvoir ne l’intéresse guère, ne dit il pas lui-même : « Je suis à la place que je mérite, si On a besoin de moi, On viendra me chercher » ? Henry est un idéaliste dans l’âme, sans parler de vivre dans le meilleur des mondes, il compte et croit en la bienveillance et la reconnaissance humaine. A-t-il tort ? En tout cas, il semble heureux Henry, aussi bien à son bureau, qu’à la maison, avec sa femme et ses deux enfants. Le soir dès qu’il rentre, il se prend le temps de s’occuper de son plus jeune fils ; alors que sa fille coiffe sa poupée ou met en place la dînette ; sa femme, elle, est à la cuisine et prépare le repas. Ce soir ce sera une soupe de légumes, pain et fromages, c’est mercredi. Une fois les enfants couchés, il regarde la télé pendant que sa femme lit un magazine. Enfin, ils vont se coucher, chacun à sa place... Viendra-t-elle le chercher ?
« Respirer, respirer tout seul, sans attendre l’ordre d’inspirer et d’expirer … ». Cette nuit là, il se réveilla en sueur. « J’ETOUFFE !!! ». Dans son cauchemar, Henry crie mais aucun son ne sort de sa bouche, il ouvre les yeux mais ne voit rien, il veut bouger mais est emprisonné. Dans un moment de lucidité, il se voit dépasser la ligne obscure de la raison conditionnée et être littéralement aspiré par la folie. Il est un autre, ailleurs. « Je dois crier ! », les pupilles dilatées, couché, haletant sur son lit, « JE DOIS CRIER ! ». Mais aucun son ne vint. Il ne dort plus, il pleure… « Crier, juste une fois… simplement crier ». Sa femme, à côté de lui ne remarque rien, elle dort ; de toute façon elle semble être devenue une étrangère à qui il ne saurait se confier. « L’ai-je seulement déjà fait ? »
Plus jeune, Henry avait appris de ses parents à respecter la nature, les plantes, les animaux, les autres. Ne lui avaient-ils pas dit que « chaque être vivant est à la place qu’il mérite, si On en a besoin, On viendra le chercher » ? Ainsi semblait tourner son monde, abnégation et mérite devraient jalonner sa route. Mais que dire de ces crises existentielles alors ? En y réfléchissant, la dernière datait d’il y a maintenant quelques années, elle avait été endiguée à temps à coup d’anxiolytiques. « Depuis, à la moindre incartade pessimiste j’y ai droit ! » se dit il en cherchant machinalement la boite sur la table de nuit. Il se souvient d’une tentative d’évasion corporelle qui s’était terminée dans une chambre d’hôpital, sait-il encore pourquoi ? « Une simple folie passagère...entre temps je n’ai fait qu’attendre qu’On vienne me chercher, je n‘ai rien décidé, On a décidé pour moi… coupable de passivité autant que d’ignorance… » se dit-t-il en se dirigeant finalement vers la cuisine. D’humeur paradoxalement cartésienne, il décida une expérience, la seule qui saurait lui prouver qu’il ne s’est pas trompé, que chacun est à sa place comme on le lui avait appris, les Hommes au dessus de la nature, certains Hommes au dessus d’autres Hommes et Dieu maître des mondes. « Si je suis à la place que je mérite, c’est que On a besoin de moi, On viendra me chercher » jubila-t-il en regardant son sang couler lentement dans l’évier encombré des restes du repas de la veille.