Certitudes (suite de "On")
Les idées s'entremêlaient dans son esprit ; avait-il rêvé, cauchemardé, ou bien finirait-il vraiment par se réveiller dans l'au-delà ? Aucune sensation de douleur, aucune odeur, aucun son. " Le souvenir est-il le seul lien entre la vie terrestre et le divin " ? Accédant à la plénitude suprême, effleurant les questions et démultipliant les raisonnements, il sentait son esprit s'échapper, s'ouvrir, occuper l'espace et telle une toile d'araignée dont chaque filin se connecterait au savoir universel, il absorbait le tout dans une frénésie palpable. " Les portes du savoir te sont maintenant ouvertes, rassasies toi ! " Rien ne lui parut jamais aussi lumineux et clair.
Il cessa soudain de s'agiter, ses paupières retombèrent, cachant ses yeux fixes aux couleurs délavées. Il sentit là les limites physiques de son champ de pensées, " l'esprit relié au corps n'est qu'à son service ". Comment s'en défaire ? Céline n'avait-il pas dit que " l'âme, c'est la vanité et le plaisir du corps tant qu'il est bien portant mais c'est aussi l'envie d'en sortir dès qu'il est malade ou que les choses tournent mal ". Il n'était pas encore si loin du sien, mais quand bien même ...
" Papa, ça va ? ", sa femme alertée par les cris des enfants accourut et cria d'effroi. Le visage de son mari, les traits tendus, était livide. Dans le noir, le sol pourtant mat miroitait la lumière diffuse d'un matin gris ; adossé contre la cuisinière, la lame tenait encore dans sa main. Poursuivant sa digression mentale, s'abandonnant totalement à son esprit, oubliant son corps, il tint enfin le raisonnement qui aurait su le faire vivre, "les certitudes journalières sont à mesures humaines, le futur et l'au-delà obscurcissent les mécanismes raisonnés de l'Homme ". Elle, paniquée, enferma les enfants en pleurs dans leur chambre, " JE dois le sauver !". Lui, encore plus haut, toujours plus loin, comprit que les réponses arrivent toujours trop tard.