Tryptique 3


Broken

" Sortir prendre l'air. Au travers des arbres sans feuilles, ouais, on discerne les étoiles. Deux, trois clopes, une, deux pintes, quelques sourires. Il chante des textes déprimants, et la joie s'inscrit sur son visage. "Planet Telex". L'émotion pas dans les dires, dans l'émission. A l'unisson. "Everyone is broken". C'est tellement jouissif, une fois qu'on a admis que c'est pas tout rose, de nuancer et de se réjouir du cramoisi. Au moins on navigue en eaux claires, we fucking knew it all. Le bonheur est une putain, et après avoir payé, y'a franchement pas de quoi s'enthousiasmer. Le casque sur les oreilles, otite autiste, à battre la mesure avec tout ce qui traîne, et j'en oublie mon texte, et je fais une pause. Vous avez qu'à zapper. "Nice dream". Apologie de l'aléatoire. La playlist d'un inconnu et les effusions d'endorphines à son bon vouloir. Comme accoudé au comptoir, à attendre la tournée du patron, sans savoir avec quoi il va nous finir. Eryn est là qu'attend aussi, et je suis pas fier de l'avoir traînée là, mais ça fait partie du rituel, montre-moi où tu vas je te dirai bla bla bla.... C'est pas là où je me pose, c'est surtout où ça m'emmène... On sait jamais. Des fois que, en synergie, l'alcool, la musique, le concert, la prolongation de mon tout et ta présence nous fassent décoller. Y'a des ratés. Bullet Proof...I wish I was. "

Eryn the 3rd

" Un rêve assassin, Eryn, nous deux, for good and evil, un simple pacte, au milieu des débauches et des astres. Je n'aurais plus qu'à me balader, l'air ahuri, souriant rien qu'en t'imaginant, posant ta voix sur quelques mélodies saturées, contrastant, imprégnant de ta douceur le cynisme de prime abord que j'octroie à ces partitions. Une création dans l'œuvre, et nous pourrions bien nous abandonner à tous les vices, regretter que les nuits cessent, que les esprits s'esquissent à peine quand en bout de piste la mort se montrerait, à nouveau.
Les femmes s'attrapent avec de belles chaînes de maux. Quand dans cette zone de non droit à l'abandon, nous saurions évacuer les endorphines et finir la déconstruction. Recommencer en suivant. S'endormir un peu, apprécier le sommeil des injustes, refaire le plein, clapoter et écrire sur cet écran mes songes de toi, belles émeraudes dans les yeux, voluptueuse, l'espoir de te recontenter à chaque instant, et t'écouter être simple, m'expliquer les théories une fois appliquées, me crier ton épanouissement et chuchoter parfois ce qui ne va pas. Psalmodier tes errances, métamorphoses, lyrics. Les précédentes, rarement véritables, n'étaient qu'une épreuve. Nous y voilà. Parce que rien ne nous y oblige."

Bandini

" 5 heures. Les premières lueurs ramènent un peu de vie sur les courbes inertes qui remplissent les draps, sans un bruit je glisse jusqu'à la cafetière, m'en sers un, et vais affronter l'écran noir, en veille. Une nouvelle vague de textes externes qui me font penser que le temps presse. Ne dormir qu'un jour sur deux. Se remplir et digérer, toujours, utiliser à bon escient ce que la vie reprend.
Me voilà parti, pour trois lignes ou quarante pages.
L'inspiration alors s'évapore, et parce que le timing est bon, Eryn m'enveloppe de son corps chaud. "Allons-nous doucher." Comme un vœu désordonné en forme d'injonction. Ce dos que je ne vois jamais, que je ne frotte jamais complètement, et vice versa. Après n'avoir fait qu'un. Elle s'échappe ensuite jusqu'au vidéoprojecteur, "In Rainbows - Scotch Mist". Seulement vêtue d'un shorty blanc, sobre. Efficace. "Faust Arp" s'égrène, et Dieu existe, c'est sur. Un Ange Gardien qui s'ignore. Comme ces quelques gouttes parsemées dans sa chevelure. Elle saisit sur la table basse un 13e Note Éditions. Dan Fante. S'installe sur la méridienne bon marché, dans la même tenue. Je songe alors souvent à délocaliser mon clavier au salon, à me mettre à la peinture. Impossible sinon de rester là pendant des heures à la contempler goulûment, à me mettre des grandes claques pour enfin y croire, surtout ne pas y croire. Le temps d'une première Leffe, blonde, faut se préserver, les yeux dans l'extérieur, quand la nature est reine, avant que tout se gâche. Le chant d'une sittelle en colère, la tête en bas, les ondes en arpège du courant sur les rochers, là-bas au loin, en profondeur. Ému, pour diverses raisons donc, je m'approche d'elle comme un enfant timide, viens me blottir accroupis contre ses formes, et d'une main d'une seule, Eryn me fait courber l'échine un peu plus, et dépose sur mes lèvres un je-ne-sais-quoi de vertueux, une promesse qu'aujourd'hui aussi, je vais m'en tirer. Ne pas y penser. Trop tard. J'avais pressenti son suicide. De nouveau assailli. Un sourire de façade. Sur le vaste mur blanc, et partout dans la pièce, "Nude". Mon fauteuil et John Fante. Demande à la poussière. Quelques pages de plus. Des pensées incontrôlables. L'entière satisfaction d'être foncièrement malheureux, d'en tirer quelque chose de tellement sensé, à la fois proche du cynisme absolu, et pas si loin de la réalité. Une morale qui se refuse aux bienfaits surfaits qu'on nous distribue, aux dents blanches et aux muscles, un refus immoral des substituts trop puissants, quand la poudre ne vaut plus rien et broie le cerveau des faibles. Et je suis si fragile. Ce mal-être omniprésent mais justifié. La vie m'a trop promis et trop repris, avant même que j'y'croie, à toutes vos conneries."


Aesteban

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