Detox
Sonic Youth - Moist Vagina - Cover
"... et dévider ce trop plein de sentiments nauséabonds, d'obsessions qui m'anesthésient.
Laisser parler mes maux, et lire entre les siens, entendre murmurer la rumeur à mes tympans.
- Bien sûr que j'ai bu. Pas plus pas moins que d'habitude. Entouré d'apôtres amènes.
Une seule corde tressée de quelques mots véritables, les ressentiments
déforment le fond, of course you did, fucking cunt.
Atteindre des extrêmes inavouables, et manquer de répartie face à ce grand vide. Mais j'aime le rien.
Quelques minutes de sommeil, c'est toujours ça de pris, quand les rochers acérés sont autant de répits aériens.
La peur de découvrir, dans tes palpitations, Eryn, qui je suis vraiment.
De l'urine en pluie de confettis, une main qui déverse, l'autre qui retient le mur. Anhédonie.
Croire benoitement que si l'on se tait, on a rien dit.
Et les doigts qui glissent vers des cordes plus fines, plus fragiles. Non, pas toi. "You" just doesn't exist anymore. Toi.
Deux êtres abnormaux en lévitations, qui s'invectivent en anglais, et s'ébattent en atone. Indolents. Quand l'inspiration se fait rare.
Une petite fièvre sur le front et des tremblements, parce que même un Ange noir mérite un tant soit peu de gratitude.
S'il est publié il va se faire massacrer par la critique. En crachant sur sa tombe, j'ai su la réveiller un peu, je crois."
Subutex
" Parfois je dépose les armes, avec du Moist Vagina - Sonic Youth - Cover en boucle au travers des enceintes,
et la moquette est propre et le cendrier pas trop plein. Je remonte quelques années en arrière et je t'aime,
sans horloge qui tac-ticote, je m'enferme à double tour, et à peu près sobre je ne fais rien d'autre qu'imaginer
comment c'était, quand j'étais pas dans la course, quand tu dormais, les draps ailleurs et j'avais qu'à contempler,
quand tu souriais parce que nos yeux se croisaient, au hasard de discussions avec d'autres, parce qu'à la fin on rentrait s'allonger
côte à côte, et que demain ça recommencerait, peut-être. Présentement je suis un sale con rempli de haine, et je me tiens à l'écart
parce que c'est insupportable, d'être comme je suis. Je me bats avec les inquiétudes, ma fierté, les stupéfiants, les liquides,
tes flèches, les détours pour pas repasser aux mêmes endroits, les envies de, parfois, ton numéro de téléphone, la réalité déshydratée de notre
lien, comme tu es, ce que j'imagine, les exigences... J'ai tout ça dans un coin, avec deux-trois orchidées devant pour cacher la misère.
Si j'étais moderne et dépassionné je viendrais juste t'enlacer, échanger des odeurs, renifler les détails, mais je suis juste un peu frêle pour tout ça,
je sais pas faire, alors je veux pas savoir, et avant j'oscillais entre l'espoir et se faire une raison, et puis là j'ai pris la tangente, je me tire une balle dans le pied,
et je vais à l'hosto, et personne vient m'emmerder. Mon estomac n'a plus de trous, je ménage mes poumons, et j'ai droit aux raisins secs, avec des compotes.
Ils m'ont filé des petits cachets, aussi, m'ont pas dit le nom, ni pourquoi, mais je suis vachement détendu, on m'a laissé Amnesiac dans mon MP3, mais j'ai un ou deux
larsens cachés au fond des méninges, et y'a des Paulo Coelho que j'ouvrirai jamais, pour quoi faire putain, là-bas sur le rebord de la fenêtre.
Je suis sorti tout propre, et j'ai filé vite fait dans ma bagnole, trouvé le premier Web-café et je me suis remis à écrire,
de la saloperie qu'on distribue aux Bisounours, à la Schtroumpfette et à Michel Vaillant, des poésies bien sages effleurant l'idée qu'on se recroise, comme ça, au hasard d'une transaction chez un dealer qu'on aurait en commun, et nos yeux humides fuiraient dans d'autres directions, des horizons moins pâles où on ne s'éteindrait pas à petit feux, tout ça en noir et blanc avec Philippe Katerine et sa ceinture de bananes en arrière-plan...
En pleine descente sans avoir consommé... Et là ma barbe s'est mise à repousser, y'avait un concert en projection sur le grand mur blanc du salon,
et Eryn qui s'ouvrait une bière, un magazine TV culturel à la main, et ses yeux se sont mis à me regarder, à me sourire, comme des étincelles minuscules qu'elle me balançait
en travers de la pièce, j'ai tout bien reçu, lui ai glissé un truc super approprié au creux de l'oreille, et puis je me suis mis à me parler de toi, à baisser ma garde, j'avais envie
de Sonic Youth à Alésia."
Absolution
" J'ai un peu pognon, il m'en reste. Starless.
Je t'aime, je te porte en moi partout où je me déplace,
et quand tu vas crever je vais perdre 15 kilos.
Je me noie quand même, je sais plus nager.
Quand je m'excuse dans le vide, les cheveux gras au vent.
Y'a une grosse basse Funky Junkie qui carbure au naturel,
elle m'a confirmé que je t'aime, pénibles les expressions galvaudées.
Then Stop Using It. La distance, Tokyo-Dublin, Reykjavík-Le Cap.
Un grand mur, quand le passé nous y oblige. Take Care. And I know you won't.
Moist Vagina
" I'm a prick (derogatory term used to sum up the existance of a worthless asshole). A fucking one.
La valeur n'attend pas le nombre des années, ou un truc comme ça.
Don't mess with me mistress. Tes yeux bleus et le noir de leurs étincelles.
Tes formes et mes petits rendez-vous textuels, et tes lèvres qui crachent sur ma tombe.
Te prends pas pour une autre. Je fume ça dans de l'alu, et les six heures qui suivent sont perdues.
J'ai pas un rond, pas un éditeur, juste de quoi absorber et oublier, temporairement.
J'm'enferme la nuit sous les étoiles, avec des lignes sans textes,
et j'attends le cancer, the one you should ignore.
C'est gai comme un passage éclair, et des tuniques blanches qui psalmodient.
J'attends vitesse grand V, accélère la déchéance, curieux du post-mortem.
Quand tu lâches la foudre, j'attends, que ça me frappe.
Toujours pas. Je balbutie avec Eryn, des victimes qu'on est, c'est Borhinger qui me le souffle,
à l'instant, de sa voix rauque qu'en a bu, des trucs pas nets.
I might be wrong. I might be wrong. Je suis amoureux d'une grande brune aux yeux verts,
et d'une rousse veuve d'Irlande. Les clichés ont fait demi-tour.
Des femmes perdues comme des hommes. Qui travestissent leurs émois, sauf avec moi.
J'ai un pote qui squatte le canapé, la bouteille de douze ans d'âge jamais loin,
il s’amuse à trier les photos dans mes albums, il t'a mis 10/10.
Un bon point et une image sépia. Craquelée.
Y'en a un autre qui se prétend écrivain, il a chié difficilement 80 pages sans queue ni tête,
et parfois le vendredi il voudrait nous emmener aux séances dédicace d'un autre...
I want you to know, I won't come back. Frozen.
Un autre qui dort, ou fait comme si, sur le fauteuil, à côté d'une pile de livre, les prods à portée de main,
qui va en séduire des comme toi, quand je les lui amènerai sur un plateau en toc, avec des bougies d'anniversaire,
celles qui s'éteignent jamais. Cut the Kids in half."
Une Terrible Beauté est Née
"C'était déjà le bon vieux temps dans l'appart à la moquette décharnée, couleur crocus en fin de vie, des rangées de bouteilles vides entre les cartons pas défaits, une table basse, les livres en piles, une boite à cigares remplie de poudre, je me déglinguais parce que je veux t'oublier, effacer ce que j'étais, vivre dans les courants d'air, errer entre les carnassiers bien habillés, dents blanches bien alignées, sourire de merde et pacotille, entre mes horaires de boulot je rentrais picoler et taper jusqu'à plus soif sur le clavier, en écoutant des musiques saturées, mais jamais la note bleue dans les parages, toujours à se planquer entre les lignes de basse, et parfois j'empoignais ma Fender comme on attrape une hache, abattant une à une les mélodies un peu trop propres sur elles, à grand renfort de distorsions et trois-accords cradingues, fallait que ce maelström subsiste parce que je m'y épanouissais, et là je rattrape et conjure ces sentiments un peu trop purs,
quand sur notre piédestal on était deux artistes en devenir bien endormis, avec
la crasse au coin des yeux, et le tabac à rouler et les fausses économies, à
flamber en alcools nos dernières cartouches. Maintenant les orchidées
remplissent les coins. Overdose et t'en es morte. Dans le journal
l'autre matin. Depuis j'existe à chaque pas que je fais, à cloche-pied entre
les larmes. Eryn sort de la douche et le parquet craque par en dessous,
vient se coller dans mes bras et on va perdre une heure sous les draps, avant
la grande résurrection quotidienne au comptoir, à partager des pintes avec les
inconnus perdus eux aussi pour la grande vie. On navigue à vue entre les
heures, je me brûle les neurones et les souvenirs, Eryn est encore là ce
soir qui comble les vides entre les trop-pleins, et ces dernières nuits ont
enfanté une vérité, belle et majestueuse, comme une promesse coupée à l'image
d’Épinal, un vitrail comme un miroir brisé, une beauté voluptueuse qui m'a
soufflé: cette fois c'est presque sûr, tu vas t'en tirer."
Aesteban
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