Chapeau Melancholy
Eryn, pilote.
"...on a longtemps couru l'un après l'autre, après une rencontre inoubliable.
Le vieil homme gît entre nous deux, accroché au comptoir, et nous prouve, derechef,
qu'il est gaucher. Le stylo s'évide sans encombre et nos prénoms apparaissent. Eryn.
Il refait le plein et nous explique qu'il a longtemps été droitier, mais que du jour au lendemain,
il a décidé d'inverser. Tout. L'homme ici présent a quitté femme et enfants, s'est rasé la tête,
mis des lunettes, celles qui traînaient là, puis a rééduqué ses mains, la gauche devenant dominante,
un an qu'il lui a fallu pour ne plus éveiller les soupçons. Nos ouïes écoutent religieusement, mais nos yeux, déjà, pensent à d'autres choses. Mes sens s'interrogent, le vieil homme comme un pont entre nous deux, qui ne nous connaissons pas encore, qui relie nos regards, souriants, perplexes.
La cloche retentit, juste le temps de lui payer la dernière, et nous voilà dehors, sur les quais. La foule s'éparpille."
Asteban, pilote.
"...il est là, taiseux, ombrageux, cachant sa timidité et ses escarres derrière un air altier, qui me contemple du coin de l'œil, sans chercher à interagir, ni me déranger, pour rien au monde il ne voudrait me faire perdre le fil. Il me transporte sans le savoir, rend ma présence justifiée, ici, sur cette scène, tandis que j'agonise, chuchote puis invective mes propres démons, les foudroie d'un coup de médiator, larsen distordu rédempteur.
Il a partagé ses mots, en anglais, et les voilà qui roulent et se contorsionnent sur les mélodies,
s'amusent sur la ligne de basse, s'écaillent entre cymbales, et je ne sais foutrement pas si le résultat les satisfait, piliers de comptoirs prompts à tendre à peine les esgourdes, si l'alchimie a pris, si nous sommes à la hauteur l'un et l'autre.
Son carnet, un stylo, sa pinte, à l'affut des assauts, des instincts, absorbés par le voyage immobile qui lui est proposé.
Planqué derrière son col haut, loin des premiers rayons de soleil. Un rappel anodin, deux compos supplémentaires, et enfin le relâchement nerveux, la sueur coule dans mon dos, il m'a rejointe, mon sourire se reflète dans ses yeux, il m'enlace et me glisse sobrement, enthousiaste, autant qu'il puisse l'être, tu as été toi."
Ceremony
" You know you should, but you don't.
un texte sans queue ni tête.
SAMO SAMO SAMO SAMO SAMO.
collages subreceptifs et néologismes inutiles.
intrigants
"I'm actually dying a cancer".
Ravel vs. Rachmaninov.
at the age of. 27. 33. 47."
Lotus Flower
"... quelques bières, pour la mise en forme. D'une hauteur relative, celle d'un lever de coude ostentatoire au comptoir, je remplis les yeux de certains de mon infinie tristesse. Mélancolie. Le bar est vide de gens introvertis, solitaires, transparents.
Quelques heures plus tôt, la nouvelle en forme de communiqué imaginaire, anachronique, un journal New-Yorkais, est tombée.
"Memorial service is to be held on Saturday at 2:30 P.M. at St. Peter Church, Lexington Avenue and 54th street. She died Aug. 6, 2009, at the age of 27." Une artiste en devenir, enfermée dans ses pensées, insensible à l'environnement fluctuant, m'a quitté.
Des œuvres aux murs, une genèse difficile, des découpages, recadrages, parfois entièrement re-couvertes de peintures bon marché, comme pour tout effacer, renaître, connaître à chaque instance une petite mort, préfiguratrice...
Et me voilà parfois quémandant, alors que trotte inlassablement dans mes oreilles le dernier Radiohead, une adresse facebook quand cette muse étudiante en Anglais me rappelle des passions inachevées, quand ses formes ses yeux ses mains son intérêt m'invitent ailleurs, quand Eryn est déjà si loin, and, dressed like a fucking Lotus Flower, Thom, quand mon chapeau melon et ma cravate la trompe, parce qu'elle se refuse à voir les escarres, mégots d'éphémères cigarettes écrasées ça et là, comme pour rompre la logique d'une séduction d'apparence, parce que mon regard l'invective, l'invite à des moments solitaires, des égarements nocturnes, des réveils difficiles, continus, quand le cognac s'invite au café, et que déjà s'annoncent des recommencements éternels. Nobody loves a genius child. Le barman lui non plus ne comprend pas qu'on puisse perdre deux-trois heures à boire sans oublier, sans mot dire, les GENS ne comprennent pas. Do what you want. Procéder par étape. Se révéler au monde, à l'intelligentsia, celle qui interprétera et trouvera du sens, et mourir, à grands feux, à chaque angoisse le nerf d'Arnold (...destruction progressive des fibres nerveuses spécialisées dans
la sensibilité de la peau au chaud, au froid et à la douleur...) s'élucubre, résultante d'une consommation assidue de drogues et d'alcools couplée à un refus catégorique du sommeil, quand la fin est si proche. Why are you barking when it's only a fucking cat ?!
Et pourquoi procéder à l'inverse ? Le temps le dira et je contemple. J'aime à glisser parfois des indices de ci de là, mais une part de moi se réjouit. Doublement, triplement, quand Pauline crie nonchalamment et qu'Eryn n'entend rien, que la muse fondatrice... procède à l'inverse. Il y a une romance mal intégrée qui consisterait à concevoir l'artiste comme une bombe à retardement, foncièrement inadapté à la célébrité qu'il approche à mesure que son talent s'animose...
Quand la grandeur d'un tel soliloque m'apparaît enfin futile, enfin, je me lève, non sans me demander si j'ai osé m'entretenir avec la serveuse, Camilla Lopez en puissance, intéressé que je suis par une éventuelle fuite vers les déserts. Les quelques centaines de mètres vers la suite paraissent si long, mais au bout du tunnel m'attend une longue nuit de plusieurs jours, esseulé face au clavier, un tant soit peu dérangé par la belle Héloise Guay de Bellissen, vivide, elle aussi, et des émeraudes comme une promesse, un avenir à court terme parsemé de fuite à l'aurore, dans des moments inexistants, des champs de crocus et des envies d'îles potentielles... "
Aesteban
Lire les comment taire et donner le tien